Il y a des jours où j’ai l’impression que mon chien est plus sage que moi. Il ne lit pas de livres de développement personnel, ne médite pas, ne suit pas de plan de vie, mais il sait attendre. Il sait s’asseoir, regarder la porte, et faire confiance au temps. Moi, pendant ce temps, je râle parce que le café est encore trop chaud, parce que le courriel ne se rend pas, parce que la journée file et que je n’ai pas encore coché la moitié de ma liste. Lui, il respire.
Je me suis rendu compte que la patience, ce n’est pas juste une qualité, c’est une posture intérieure. Mon chien peut rester là, immobile, les yeux fixés sur un écureuil depuis dix minutes, sans un son, sans bouger la patte. Puis, d’un coup, il décide que ce n’est plus le moment, et il se couche tranquillement dans l’herbe, comme si rien ne pressait. Et moi, à le regarder, je me dis qu’il a raison. Pourquoi courir après ce qui finira toujours par venir, d’une manière ou d’une autre?
Il m’a appris aussi que la patience, ce n’est pas de l’attente vide. C’est de l’attention. Lui, quand il attend que je finisse de cuisiner, il ne fixe pas l’horloge. Il écoute, il hume, il observe. Il sait reconnaître le bruit du couteau qui gratte l’assiette, le cliquetis de la fourchette, le soupir que je pousse quand je dépose enfin le plat sur la table. Et c’est seulement à ce moment-là qu’il s’approche, la queue qui balance doucement, confiant.
Un soir, j’avais oublié sa promenade. Trop de choses, trop de dossiers, trop de pensées. Il m’a regardé sans un son, puis il a été chercher sa laisse, lentement, et l’a déposée à mes pieds. Pas de grognement, pas d’impatience, juste un regard doux, un peu triste. Et dans ce regard, il y avait tout : le pardon, la constance, l’amour sans condition. Je me suis senti tout petit. Alors je me suis levé, j’ai enfilé mon manteau, et on est sortis dans le rang, tous les deux, sous la pluie fine. Il marchait tranquille, heureux, comme si le monde entier lui appartenait.
Depuis ce jour-là, j’essaie de me souvenir que la patience, ce n’est pas attendre que tout soit parfait. C’est avancer malgré les retards, malgré les imprévus, malgré la boue sur les chaussures. C’est continuer d’aimer, même quand ça prend plus de temps que prévu. Et quand la vie me fait piétiner, j’entends dans ma tête le son des pattes sur le plancher, le petit souffle régulier de mon chien qui s’étire avant de se recoucher. Comme pour me rappeler que tout finit par se placer… à son rythme, pas au mien.
Et parfois, quand je perds encore patience, il vient poser sa tête sur mon genou. Il ne dit rien, mais je sais ce qu’il veut dire. Que tout ira, que ça ne sert à rien de grogner après la pluie, parce qu’elle finit toujours par s’arrêter. Que le soleil revient, que les choses reprennent leur place, que la soupe finit par mijoter, et que le cœur finit toujours par se calmer.
Finalement, je crois que si j’avais à écrire un livre sur la patience, je lui dédierais. À ce compagnon à quatre pattes qui ne parle pas, mais qui m’enseigne, chaque jour, l’art d’attendre sans se lasser, d’aimer sans compter, et d’être simplement là, quand le reste du monde court trop vite.
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