Il y a, dans le vent d’octobre, une mélodie qu’on n’entend qu’en ralentissant un peu. C’est le murmure des feuilles qui se détachent, une à une, avec cette grâce silencieuse que seules les choses en fin de cycle connaissent. Une feuille, par exemple. Elle a vécu toute une saison à regarder le ciel, à se gorger de lumière, à offrir sa couleur, sa présence. Puis vient le moment où elle se laisse aller. Elle tombe, doucement, comme si elle acceptait de ne plus retenir ce qu’elle a déjà donné.

Quand on la voit descendre, on croit que tout est terminé. Qu’elle va finir là, posée dans la pelouse humide, écrasée, oubliée, bientôt recouverte par d’autres. C’est la loi de la nature, se dit-on. Ce qui a brillé finit toujours par s’éteindre. Ce qui a tenu finit toujours par lâcher.

Et pourtant…

Il y a ce moment imprévisible, ce souffle venu de nulle part, ce petit coup de vent qui ne demande pas la permission. La feuille se soulève! Une fois, deux fois et elle tournoie dans les airs, légère, libre. Elle ne s’accroche plus à rien, et c’est peut-être pour ça qu’elle va plus loin qu’avant. Elle voyage, elle danse, elle redécouvre le ciel autrement. Ce qu’on prenait pour une fin devient un mouvement. Et c’est là qu’on comprend : tomber n’était pas mourir, c’était apprendre à voler autrement.

Je crois que nos vies ressemblent beaucoup à cette feuille.
On traverse des saisons entières à vouloir tenir bon, à s’accrocher à ce qu’on connaît, à craindre le moment où il faudra lâcher. Mais il y a des chutes nécessaires. Des effondrements qui ne sont pas des drames, mais des passages. On ne le comprend jamais tout de suite, évidemment. Quand on tombe, on a surtout peur, on se croit perdu, fini. On regarde la terre de trop près, on oublie qu’un vent peut venir.

Puis un jour, quelque chose se passe. Une rencontre, une parole, un regard, une main. Ou simplement un matin où, sans trop savoir pourquoi, on se lève différemment. Et ce jour-là, le vent souffle. Il ne te ramène pas là où tu étais avant, il t’emmène ailleurs.

C’est là toute la beauté de la vie : rien ne se perd vraiment, rien ne s’arrête tout à fait. Ce qui tombe se transforme. Ce qu’on croyait brisé devient la base d’autre chose. Parfois, c’est dans le silence après la chute qu’on trouve la direction qu’on cherchait depuis toujours.

Alors oui, tomber fait mal. Oui, il faut du temps avant de respirer à nouveau. Mais c’est dans cette vulnérabilité que naît la force. Parce qu’à force de se relever, on découvre qu’on n’a jamais vraiment cessé d’exister. On comprend qu’on n’est pas défini par la branche qu’on a quittée, mais par le mouvement qu’on choisit d’épouser ensuite.

Et si c’était ça, la vraie renaissance ?
Pas celle qu’on affiche, pas celle qu’on raconte fièrement, mais celle qu’on vit doucement, presque en secret, dans le cœur, dans la chair, dans le regard. Celle où on s’autorise à devenir quelqu’un d’autre, sans renier ce qu’on a été.

Alors quand tu te sens tomber, rappelle-toi la feuille.
Rappelle-toi que le vent existe, que parfois, il faut simplement se laisser porter pour découvrir qu’on pouvait encore s’envoler. Même après la plus rude des saisons, il y a toujours un chemin qui mène vers le ciel.

Parce que la vie ne se termine pas quand on tombe.
Elle commence chaque fois qu’on se relève.

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