C’est revenu, ce moment de l’année où les journées raccourcissent, où la lumière se dépose plus bas sur la table, où tout semble ralentir, mais où, curieusement, nous on s’affaire. L’automne a cette façon de réveiller en nous l’instinct du petit écureuil. Celui qui court partout, les joues pleines de projets, les mains tachées de jus de pommes et de terre noire. On dirait qu’on ressent, sans même y penser, que bientôt viendra le froid, les soirées longues, les factures plus lourdes, et qu’il faut, avant tout ça, remplir un peu nos réserves…
Il y a quelque chose de beau dans le fait de se mettre à couper, à stériliser, à congeler… De chercher des légumes ou des fruits à petit prix, au marché ou chez un voisin qui a trop de pommes, trop de courges. C’est presque une chasse au trésor, celle des bonnes affaires, mais aussi des souvenirs futurs. Parce qu’au fond, ce qu’on garde, ce n’est pas juste de la nourriture, ce sont des bouts d’automne qu’on enferme dans des pots. Des morceaux de soleil, de patience, d’efforts, qui attendront sagement leur tour dans le congélateur ou sur une tablette au sous-sol.
Et quand vient janvier, quand dehors le vent est sec et que tout coûte trop cher, on ouvre ces petits trésors. On sort un pot de sauce maison, une purée, une confiture, et on se dit, avec un mélange de fierté et de tendresse : voilà, j’ai pas fait ça pour rien. On se remercie nous-même d’avoir pris le temps. On se rappelle qu’on avait prévu le coup, un peu comme la fourmi dans la fable, pendant que la cigale chantait. Mais sans arrogance, juste avec douceur, parce qu’au fond, on a tous besoin d’un peu de chaleur en réserve pour traverser l’hiver.
Et puis, il y a cette joie simple et discrète de savoir qu’on a pris soin, qu’on a transformé des surplus en réconfort, des corvées en traditions. On a fait un peu de magie, sans le dire. De la nourriture transformée en souvenir, du travail transformé en sérénité.
Alors, pendant que les feuilles jaunissent et que les journées rétrécissent, on continue. On épluche, on coupe, on range. On devient des artisans de notre propre hiver. On prépare nos petits banquets de courage, un pot à la fois. Parce qu’un jour viendra, peut-être un dimanche gris de février, où en ouvrant un bocal de pommes, on sentira remonter l’odeur d’octobre et on se souviendra de la lumière, du calme et du sens caché derrière tout ce travail : celui d’avoir semé, un peu à l’avance, notre propre chaleur.
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