Il y a des journées où tout est un peu de travers sans qu’on sache trop pourquoi. On se lève, on sourit par habitude, on fait couler le café, on s’habille comme d’habitude, et pourtant, à l’intérieur, quelque chose grince un peu. Pas un grand drame, pas une tempête, juste un léger désaccord entre ce qu’on montre et ce qu’on ressent. On se regarde dans le miroir, on ajuste nos traits, on se dit que ça ira,et on sort comme si tout allait bien.
Ce sont ces journées où on joue notre rôle avec soin. On répond aux messages, on rit aux bonnes blagues, on s’affaire, on cuisine, on s’occupe, on fait tout ce qu’il faut pour que le monde continue de tourner autour de nous. Mais à certains moments, entre deux gestes, dans le silence du couloir ou au détour d’un regard, il y a une petite voix qui dit doucement : « tu es fatigué ». Fatigué de toujours être fort, de toujours faire comme si…
Et c’est correct, parce qu’on a le droit d’avoir des jours où on ne brille pas, où on avance juste un pas à la fois, sans flamme ni élan. Des jours où le cœur a besoin de répit, où le courage s’assoit un peu. Ce ne sont pas des journées perdues, ce sont des journées humaines. Des moments où la vie nous rappelle qu’elle ne demande pas toujours de performer, mais simplement d’exister.
On croit souvent que la force, c’est de sourire tout le temps, mais… la vraie force, c’est parfois de savoir se taire, de se retirer doucement dans un coin tranquille, de respirer un peu plus lentement, de se permettre le luxe de ne rien prouver. C’est de reconnaître qu’on a besoin de douceur, de lenteur, d’un espace sans exigence.
Ces journées-là, on pourrait les appeler des “journées de reprise de souffle”. Parce qu’après avoir trop donné, on reprend le droit de se déposer. Il n’y a rien à réparer, rien à rattraper, juste à laisser passer les heures sans pression. Souvent, c’est dans ces silences qu’on se retrouve un peu, qu’on entend de nouveau notre propre voix, celle qu’on avait mise de côté depuis trop longtemps.
Et puis, sans qu’on sache pourquoi, quelque chose change. Parfois c’est un rayon de lumière sur la table, un chien qui s’étire dans le salon, une odeur de soupe ou de pluie, une chanson qu’on aimait avant. Tout à coup, on se sent un peu plus vivant. Pas complètement remis, mais apaisé. Parce qu’on a cessé de lutter, parce qu’on a accepté d’être imparfait, fragile, humain.
Faire semblant que tout va bien, c’est souvent une manière de se protéger, d’attendre que la tempête passe. Mais il y a un moment où il faut aussi se rappeler qu’on n’a pas besoin d’être parfait pour être aimé, ni impeccable pour avoir le droit de ralentir. La vie, ce n’est pas une course à qui tient le mieux, c’est un grand mouvement où chacun trébuche, se relève, et continue tant bien que mal.
Alors quand viendra la prochaine journée où tu feras semblant que tout va bien, fais-le avec tendresse pour toi-même. Mets moins d’énergie à cacher ta fatigue, et un peu plus à t’accorder de la patience. Bois ton café lentement, laisse ta vaisselle dans l’évier, ferme ton téléphone un moment et respire. Regarde autour de toi ce qui tient encore, ce qui est beau, ce qui te fait du bien.
Parce qu’à la fin, ces journées-là nous ramènent souvent à l’essentiel. À ce qu’on est vraiment, quand on arrête de prétendre. À la vérité douce et nue de l’existence : celle d’un cœur qui continue de battre, même quand il tremble un peu.
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