Je ne sais pas si c’est un signe de génie ou juste de fatigue, mais ce matin-là, je me suis retrouvé avec une chaussette noire et une grise. Pas par style, ni par esprit rebelle, non, juste parce que je n’avais pas vraiment les yeux ouverts. Le café n’avait pas encore fait effet, le miroir me regardait d’un air découragé et j’essayais de convaincre mon reflet que tout ça, c’était normal.
Le pire, c’est que je ne m’en suis même pas rendu compte tout de suite. C’est seulement en mettant mes chaussures que j’ai vu les deux nuances, côte à côte, un peu comme deux personnes qui n’étaient pas censées se retrouver ensemble, mais qui font quand même un bon duo. J’ai hésité une seconde à changer, puis j’ai haussé les épaules. Tant pis! J’avais déjà donné assez d’énergie à la perfection pour la journée.
Et tu sais quoi ? Ça m’a fait du bien. Il y avait quelque chose de libérateur dans le fait d’assumer deux chaussettes différentes. Comme si je venais, sans m’en rendre compte, de déclarer officiellement que je n’allais pas me battre contre le désordre du monde aujourd’hui. Que je pouvais, pour une fois, juste être… un peu mêlé, un peu humain, un peu comme ça.
Toute la journée, je marchais avec mes deux couleurs, et à chaque pas, j’avais presque envie de sourire. C’était devenu un petit rappel discret : tout ne doit pas toujours être parfaitement aligné pour que ça tienne debout. Parfois, la vie fonctionne même mieux quand elle dérape un peu.
Je repensais à toutes ces fois où j’ai voulu que tout soit parfait avant d’agir… Avant de sortir, avant de lancer un projet, avant de dire quelque chose qui comptait… Combien de fois j’ai attendu que tout soit en ordre, les mots, les émotions, le timing, pour finalement ne rien faire du tout ?
Mes deux chaussettes, elles, n’ont pas attendu. Elles se sont retrouvées là, sans plan, sans correspondance, et elles ont fait leur journée pareil. Et si c’était ça, la vraie liberté ? Celle de continuer d’avancer même quand rien n’est parfaitement assorti ?
Le soir en les enlevant, j’ai souri encore. C’était banal, oui, mais ce petit désaccord textile m’avait ramené à quelque chose d’essentiel : le droit d’être imparfait, mais présent. Le droit d’avoir des journées boiteuses, des idées éparpillées, et quand même de se dire qu’on avance.
Alors depuis, je ne cherche plus mes chaussettes identiques avec autant d’acharnement, parce que si un matin je tombe encore sur deux différentes, je me dirai simplement que c’est la vie qui me fait un clin d’œil et qu’au fond, elle aussi aime bien quand tout n’est pas parfaitement coordonné.
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