J’étais assis dehors, mon café entre les mains, et le soleil me frappait doucement le visage. C’était un de ces matins où l’air a déjà changé, où la lumière semble flotter un peu plus bas, comme si le ciel s’était rapproché de nous pour chuchoter quelque chose. Ce n’était pas la chaleur éclatante de juillet, ni cette lumière impérieuse qui brûle les épaules sans prévenir. Non. C’était un soleil plus posé, plus mûr, un peu comme quelqu’un qui a connu les excès du plein été et qui, maintenant, préfère parler bas, sourire doucement, mais être vrai.

Je regardais la lumière glisser sur la table, s’attarder sur les feuilles déjà jaunies, puis venir se perdre dans l’ombre du pommier. Tout semblait lent, mais vivant. On aurait dit que le temps lui-même hésitait à avancer, comme s’il voulait prolonger un peu ce moment suspendu avant que le vent se lève. Et j’ai eu cette impression étrange que le soleil d’automne savait exactement ce qu’il faisait. Il n’essaie pas de durer. Il n’a plus besoin de prouver sa force. Il ne court pas après la gloire des longues journées. Il passe, plus discrètement, mais quand il passe, on le sent vraiment.

Il ne fait pas semblant. Il réchauffe sans brûler, il éclaire sans éblouir. Il nous touche autrement, peut-être plus profondément, parce qu’on sait que ce n’est pas pour longtemps. Il y a dans ce soleil-là une vérité tranquille, un peu nostalgique, comme une main posée sur l’épaule avant le départ. Une lumière qui nous dit : “regarde bien, parce que tout ça, c’est maintenant.”

Et je me suis mis à penser que peut-être, c’est ça la beauté de cette saison : cette idée qu’on peut encore briller, mais autrement. Qu’on peut continuer à donner, même quand les jours raccourcissent. Que la force n’est pas toujours dans l’éclat, mais parfois dans la douceur, dans la constance du geste, dans la chaleur qu’on laisse derrière soi. Le soleil d’automne nous apprend à être présents, à ne plus gaspiller la lumière. Il nous rappelle que tout n’a pas besoin d’être permanent pour être vrai.

Le monde moderne nous pousse souvent à vouloir durer, à vouloir tenir le plus longtemps possible, à chercher la performance même dans les choses simples. Mais le soleil d’automne, lui, s’en moque. Il brille un moment, puis il se retire. Il fait juste ce qu’il a à faire, sans bruit, sans course, sans promesse. Et pourtant, c’est souvent ce souvenir-là qu’on garde : celui de la lumière dorée sur une clôture, d’une odeur de feuilles, d’un instant de paix qu’on n’a pas cherché mais qu’on a reçu.

Je crois qu’il y a une sagesse là-dedans, une façon de vivre qui me parle. Être moins dans la durée, plus dans la justesse. Moins dans le “toujours”, plus dans le “maintenant”. Être là quand on est là, pleinement, sans s’inquiéter de ce qui vient après, ni de ce qui a déjà passé. Parce que la vie, comme la lumière d’octobre, ne s’attrape pas, elle se reçoit.

Et je me suis dit, en regardant mon café refroidir dans la lumière dorée, que c’est peut-être à ça qu’il faut aspirer, à briller différemment, à offrir une clarté plus douce mais plus vraie, à habiter nos jours sans chercher à les retenir. À être, simplement.

Et pendant cette grande réflexion, alors que j’étais convaincu d’avoir trouvé là une sorte de sagesse matinale… mon chien est passé en courant, la queue dans les airs, et a renversé mon café. Et j’ai ri tout seul, parce que c’était peut-être ça, au fond, la vraie leçon du soleil d’automne : savoir sourire quand la lumière s’éteint un peu trop vite… et recommencer, demain, avec une autre tasse.

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