Ah, les bouteilles vides… Ces fameuses bouteilles qu’on garde “juste un petit moment” dans le garage, en se disant qu’on va les rapporter bientôt. Et puis, les semaines passent, les sacs s’accumulent et à chaque fois qu’on ouvre la porte on se dit : “Faudrait bien que je m’en occupe un de ces quatre…” Mais le “quatre” arrive rarement.

Jusqu’au jour où, soudainement, on décide que c’est le moment. Pas parce qu’on a envie, non, mais parce qu’on n’a plus de place pour ranger les sacs, ou que l’un d’eux s’est renversé et qu’une canette collante s’est faufilée sous le balai. Alors là, on se retrousse les manches et on part pour la grande mission : la journée des bouteilles vides.

Tu sais, ce moment où tu remplis ton coffre d’auto, que tu fermes la porte avec difficulté, et que tu as l’impression de déménager ta propre collection d’aluminium ? T’as pas encore quitté l’entrée que tu te sens déjà fier, tu te dis : “Aujourd’hui, je vais me faire un petit 8$ cash, facile.”

Et pourtant, chaque fois, c’est la même aventure. T’arrives au Maxi ou au dépanneur, t’espères qu’il n’y a pas de file, t’essaies de faire entrer les bouteilles dans la machine sans qu’elle t’en recrache la moitié. Tu connais la petite guerre silencieuse entre toi et le capteur qui refuse une canette à cause d’une légère bosse ? On a tous vécu ça!!

Mais à la fin, quand la machine crache ton reçu, il y a toujours un petit moment de gloire. T’as les doigts qui collent un peu, le manteau qui sent vaguement la bière, mais t’as gagné. T’as ton petit papier de 8,10 $, et tu marches vers la caisse avec la fierté d’un explorateur qui revient de mission.

Et quand tu paies ton lait, ton pain et ton paquet de pâtes avec ce crédit magique, t’as l’impression que la vie te fait un clin d’œil, que finalement accumuler les bouteilles, c’était pas si mal.

Je crois qu’au fond, ces moments-là, c’est aussi une routine de cœur, parce qu’ils nous rappellent que les petites choses comptent. Que les gestes qu’on néglige, qu’on repousse, finissent par nous faire du bien quand on s’y met. Ça paraît banal, mais il y a quelque chose d’humain là-dedans. On se reconnaît tous dans ces petites victoires ordinaires.

Et puis, c’est aussi une belle façon d’enseigner la valeur des choses aux enfants. Leur montrer que chaque petit geste, chaque retour, chaque effort finit par rapporter quelque chose. Peut-être pas une fortune, mais un sentiment d’accomplissement. Et ce sentiment-là, il vaut plus que les quelques pièces de monnaie qu’on met dans le portefeuille.

Alors la prochaine fois que tu regarderas tes sacs de bouteilles, ne soupire pas… Dis-toi que c’est une occasion de décrocher un petit sourire, de libérer ton entrée, et de repartir avec le sentiment d’avoir bouclé une boucle.

Et si jamais tu veux te donner une motivation supplémentaire, dis-toi que c’est presque comme aller au gym : tu soulèves, tu transportes, tu comptes, tu gagnes. Sauf qu’au lieu de transpirer pour rien, tu repars avec 8 $.

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