Il y a des jours où on se met à ranger sans trop savoir pourquoi. Pas parce qu’on veut tout remettre à neuf, ni parce qu’on s’est donné une mission, simplement parce qu’il y a un petit appel intérieur qui dit que c’est le moment. Alors on ouvre les portes d’une armoire, on déplie un chandail oublié, et le passé vient s’asseoir tout doucement à côté de nous.
C’est fou comme un simple tissu peut garder la mémoire d’un instant. Un chandail encore imprégné de l’odeur d’un parfum qu’on ne porte plus. Un foulard qu’on avait acheté lors d’un voyage, sans se douter qu’il finirait par devenir une sorte de talisman. Une chemise qu’on ne met plus, mais qu’on garde parce qu’on s’y sentait bien, parce qu’elle a connu des rires, des confidences, des étés trop courts. Chaque vêtement plié semble contenir un bout de saison, une parcelle de notre ancienne vie.
Quand on range, on croit qu’on fait de la place, mais en vérité, on revisite des morceaux de soi. Chaque tiroir devient une petite histoire qu’on replie avec soin, comme pour dire merci à celle ou celui qu’on était à ce moment-là. Parfois, on réalise qu’on a changé, qu’on ne porterait peut-être plus ce jeans, mais que c’est bien ainsi. Parce qu’on a pris du vécu, de la paix, du sens. On a échangé des modes contre du recul, et ça, aucun cintre ne peut le suspendre.
Il y a aussi les vêtements qu’on hésite à donner. Pas parce qu’ils sont beaux, mais parce qu’ils ont traversé quelque chose avec nous. Le manteau qu’on portait pendant une période difficile, la robe du soir d’une époque heureuse. On se dit qu’on devrait s’en détacher, et pourtant nos mains les replient doucement, comme si elles savaient qu’il y a des choses qu’on ne se force pas à oublier.
Ranger ses vêtements, c’est un peu ranger son cœur. Ce n’est pas qu’un geste de ménage, c’est un geste de mémoire. On trie ce qui nous alourdit, on garde ce qui nous habite encore, et quand on referme les tiroirs, il y a une sorte de calme qui s’installe. Comme si, en pliant chaque morceau de tissu, on avait aussi plié une émotion, sans la froisser, juste pour qu’elle repose un peu.
Je crois qu’il y a des jours où ranger, c’est prier sans le dire. On remet de l’ordre dans le visible pour réaccorder ce qu’il y a d’invisible. On remet les choses à leur place, pas pour tourner la page, mais pour mieux la relire.
Et quand tout est plié, qu’on ferme doucement la porte du placard, on se sent un peu plus léger. Pas parce qu’on a fait de la place, mais parce qu’on s’est retrouvé au milieu de soi, là, entre deux piles de linge, à respirer un passé qui ne fait plus mal, juste du bien.
Tu veux recevoir les prochains articles dès leur parution ?