Il y a des décisions qu’on prend dans un mélange de fatigue et d’espoir. Des gestes qui, sur le moment, semblent simples : une signature, un rendez-vous, un billet d’avion. Et pourtant, derrière ces gestes, il y a souvent toute une histoire… des années à se regarder sans vraiment s’aimer, à se comparer, à se dire qu’on serait peut-être mieux “après”.

Et un jour, on le fait. On prend la décision. Changer, corriger, améliorer. Parce qu’on veut se sentir belle, ou simplement bien. Parce qu’on est fatiguée de se battre contre ce qu’on voit dans le miroir. Parce qu’on pense qu’en modifiant une partie de nous, tout le reste suivra.

Mais parfois, la vie a d’autres plans. Et ce “mieux” qu’on espérait se transforme en douleur, en regret, en silence.
Une chirurgie ratée, ce n’est pas seulement une plaie sur la peau, c’est aussi une faille dans la confiance, un vide dans le regard, un effondrement intérieur qu’on n’avait pas prévu.

Au début, on a honte. Honte d’en avoir eu besoin. Honte d’avoir cru. On se sent trahie, par le corps, par le geste, par soi-même.
Et pourtant, rien de tout cela n’était une faiblesse : c’était une tentative d’amour. Une façon maladroite de se dire qu’on méritait mieux. Mais parfois, l’amour de soi passe d’abord par l’épreuve.

Ce n’est pas le corps qui trahit.
C’est la douleur qui vient rappeler qu’on avait oublié de s’aimer avant de vouloir se changer.

Alors on se retrouve, seule devant le miroir, à regarder ce qu’il reste, ou plutôt, à réapprendre à voir autrement.
Ce n’est plus le reflet qu’on voulait… mais c’est encore nous, et c’est déjà beaucoup.

Il y a des matins où on se relève doucement, avec un peu moins de colère. On s’habille lentement, on se coiffe sans chercher à tout cacher. On découvre que la peau, même abîmée, continue de ressentir. Que le regard, même blessé, peut encore contenir de la lumière. Et que les mains, nos mains, peuvent redevenir des gestes d’amour, même sur une peau qu’on n’aime pas encore.

C’est ça, la guérison : pas un miracle, pas une transformation soudaine. Mais une suite de petites réconciliations.
Un jour, on se maquille non plus pour dissimuler, mais pour se retrouver. Un autre jour, on ose sortir sans veste pour camoufler. Et entre ces deux moments, il y a des milliers de pas invisibles, faits en silence, avec patience.

Ce que les gens ne comprennent pas toujours, c’est qu’une chirurgie ratée laisse deux cicatrices : une visible, et une autre, invisible, dans la confiance. Et celle-là, il faut du temps pour l’apaiser. Il faut du temps pour se pardonner d’avoir voulu changer. Et du temps pour accepter que le courage, ce n’est pas d’être parfaite, c’est de continuer à vivre dans un corps qu’on n’a pas choisi tel qu’il est devenu.

Mais au fil des jours, quelque chose bouge doucement. Un soir, on rit à nouveau. On recommence à se regarder avec indulgence. On cesse d’exiger du corps qu’il redevienne “comme avant”. Et on se dit que peut-être, ce qu’on cherchait à l’extérieur, on est en train de le retrouver à l’intérieur.

Ce qu’il y a de beau, dans ces histoires douloureuses, c’est qu’elles réveillent une autre forme de tendresse. Une tendresse plus lucide, plus tranquille. On ne cherche plus à être parfaite : on cherche à être vraie. On ne veut plus séduire : on veut respirer. Et petit à petit, on découvre que la beauté, la vraie, n’a jamais eu besoin de bistouri. Elle se trouve dans la façon dont on continue à aimer malgré tout… malgré les cicatrices, malgré les déceptions, malgré la peur.

Il y a des femmes qui ont traversé ces épreuves et qui, aujourd’hui, aident les autres à ne pas se juger. Elles savent que sous les pansements, il y a toujours une histoire. Et que même si la peau a souffert, la lumière finit par revenir.

Il y a des soirs où on se dit qu’on aurait aimé ne jamais partir. Et pourtant, si on n’était pas passée par là, peut-être qu’on n’aurait jamais compris ce qu’est la vraie douceur. Celle qu’on se donne à soi-même. Celle qui n’a pas besoin d’être validée, ni retouchée, ni comparée.

C’est peut-être ça, la reconstruction : ne plus courir après le corps qu’on voulait avoir, mais apprendre à aimer celui qu’on a encore. Ne plus se demander “pourquoi moi”, mais “comment je vais m’aimer maintenant”. Parce qu’il y a toujours un maintenant, toujours un demain. Toujours un miroir qu’on peut approcher un peu plus près, sans peur.

Ce texte est pour celles qui ont souffert d’avoir voulu être mieux. Pour celles qui ont pleuré en silence, honteuses d’avoir cru à une promesse qui n’a pas tenu. Pour celles qui, chaque matin, essayent encore d’apprivoiser un reflet qui ne leur ressemble plus.

Vous n’êtes pas naïves. Vous êtes courageuses. Vous avez voulu exister un peu plus fort, un peu plus belles, un peu plus confiantes. Et ce courage-là, il compte. Il ne disparaît pas parce que le résultat n’a pas été celui espéré. Il reste, dans chaque regard que vous osez encore lever, dans chaque soin que vous vous offrez, dans chaque sourire que vous décidez de ne pas cacher.

Et un jour, sans trop savoir comment, on se surprend à se trouver belle à nouveau. Pas comme avant, pas comme les autres, belle d’avoir survécu à soi-même. Belle d’avoir appris que la douceur est plus forte que la perfection. Belle, simplement, parce qu’on n’a pas renoncé à aimer.

Routine Sublime
Parce que le plus grand changement, parfois, c’est de recommencer à se choisir.

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